Boris Lutanie – Jah Rastafari – Abécédaire du Mouvement Rasta

Un petit retour en culture avec l’édition couleur de « L’Abécédaire du Mouvement Rasta » de Boris Lutanie. En 26 chapitres, de A comme Africa à Z comme Zion, cet abécédaire offre de multiples éclairages sur la culture Rastafarienne. Cet ouvrage se distingue avant tout par sa démarche distancée et sa rigueur historique largement documentée…

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Boris Lutanie - Jah Rastafari - Abécédaire Du Mouvement Rasta

 

Boris Lutanie – « Jah Rastafari – Abécédaire du Mouvement Rasta »
Extrait Du Livre (pages 9-11) :

AFRICA
Le Retour en Afrique est la pierre angulaire du mouvement Rastafari. L’espoir de quitter un jour prochain (« soon come ») le lieu d’exil pour la Terre-Mère est indissolublement lié à l’émergence de ce courant et demeure à ce jour un enjeu fondamental : « Repatriation is a must ! » L’idée du retour est bien antérieure aux revendications des rastas. En 1816, Paul Cuffee parvient à rapatrier trente huit esclaves en Sierra Leone. L’année suivante, l’ACS (American Colonization Society) propose à quelques afro-américains affranchis de retourner sur la terre ancestrale. Le bilan d’une telle opération se révèle toutefois partiel et controversé. Figure de proue du « Back to Africa Movement », Marcus Garvey inaugure en 1919 une flotte maritime (Black Star Line Steamship Corporation) destinée à rapatrier la population noire sur le continent originel : « Nous retournons chez nous en Afrique pour en faire la grande république noire. »
Accusé de sombrer dans le séparatisme et le « sentimentalisme géographique » par les partisans d’une intégration des citoyens noirs dans la société américaine, Garvey doit par ailleurs faire face aux complots judiciaires montés par le FBI. Les rives du Moïse noir ne verront jamais le jour. Quoiqu’il en soit, la vision d’un possible Black Exodus pour les descendants d’esclaves continua de germer dans les esprits. En Jamaïque, les prémices du mouvement rasta reflètent une préoccupation identique : l’abolition de l’esclavage ne saurait être connue comme une fin en soi, mais bien comme une étape vers un retour définitif à la terre natale : « Ethiopie, Terre de nos Pères. ». Frappée par une pauvreté endémique, la Jamaïque connaît un véritable phénomène de fuite migratoire.

Mis à l’index de la société jamaïcaine, les rastas attendent impatiemment que sonne l’heure de la délivrance. Malgré diverses tentatives de rapatriement avortées, initiées par Leonard Howell (1934), Prince Emmanuel (1958) ou Claudius Henry (1959), la communauté rastafarienne manifeste dans les rues de Kingston et scande à l’unisson : « Repatriation, yes ! Migration, no ! » Aussi légitime soit-il, le souhait des rastas ne rencontre qu’indifférence dédaigneuse chez la plupart des jamaïcains. En 1961, le gouvernement jamaïcain finance néanmoins une délégation composée de rastas, de représentants d’organisations noires et d’officiels gouvernementaux, en vue d’étudier l’éventualité d’un retour concret en Afrique. Cette première « Mission to Africa » sillonne de nombreux pays et les émissaires rastafariens obtiendront une audience prometteuse avec Haïlé Sélassié. En 1955, l’Empereur avait fait don d’un territoire de 500 hectares à la diaspora noire. En dépit des accords signés par plusieurs représentants africains, la mission se solde une fois de plus par un Èchec. De retour en Jamaïque, le gouvernement enterre le projet et la communauté rastafarienne se retrouve une fois de plus abandonnée et trahie par les « polytrickers ». Les rastas organiseront en 1963 une seconde mission (non-officielle) au cours de laquelle le Négus confirmera de nouveau son accord pour le rapatriement : « L’Ethiopie doit faire face à de nombreux problèmes. Cependant, nous accueillerons les frères rastas désirant résider ici. »

Membre de cette seconde mission to Africa, le patriarche rasta Brother Samuel Clayton n’a jamais renoncé à l’espoir de retourner avec les siens sur la terre des ancêtres. Aujourd’hui encore, il légitime ce combat pour le rapatriement en vertu du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes : « Nous les caraïbéens avons été victimes de l’esclavage. En 1665, John Hawkins a reçu une charte royale de la reine Elizabeth I l’autorisant à transporter des esclaves d’Afrique dans les Antilles. C’est en raison de ce syndrome de la déportation que le désir du retour en Afrique est né chez certains groupes, et c’est devenu une école de pensée portée par Marcus Garvey et les rastas. C’est un sentiment légitime et humain. Nous voulons rentrer chez nous en Afrique et aider les africains ! Tout le monde ne veut pas forcément rentrer en Afrique, mais ceux qui ont ce désir devraient avoir cette liberté d’action. A nos yeux c’est un problème de restructuration globale sans laquelle aucun équilibre n’est possible. Le fait que les gens ne soient plus à leur place engendre le crime et la violence. »

Totalement ignorée par les nations impliquées dans la traite négrière, l’idée d’un rapatriement massif sur le sol natal s’est heurté à des difficultés insurmontables. A défaut d’un retour collectif, la migration individuelle se poursuit en différents pays d’Afrique. Pour une large partie de la nouvelle génération de rastas, l’Afrique n’est plus envisagée comme la destination finale mais comme un lieu de pèlerinage. Un hiatus générationnel sépare les nouvelles orientations du mouvement et les déclarations d’un Prince Emmanuel : « L’Afrique est le grenier à blé du monde. Retrouvons le chemin de L’Afrique avant qu’ils n’en ferment tous les accès. Souvenez vous des paroles de l’Honorable Marcus Garvey : Je préférerais être pauvre en Afrique que riche en Occident. » Rongée par les mythes, Mama Africa ne serait plus en mesure d’offrir la vie édénique imaginée par ses orphelins d’outre-atlantique. Aujourd’hui, le mouvement Rastafari est partagé entre la conception traditionnelle d’un rapatriement « physique » et celle d’un « retour spirituel », culturel, au continent noir.

Cette édition parue aux Éditions de l’Ésprit Frappeur est aussi épuisée comme l’était la première édition parue au Chat Noir Éditeur, mais si vous fouinez sur internet ou de de petites librairies peut-être tomberez vous sur un exemplaire alors jetez-vous dessus et dévorez ce fabuleux et très pédagogique écrit de Boris Lutanie !!!

AlexDub

Auteur:

Dj Producteur Reggae / Dub / Cumbia Dub / Dubstep - Fondateur de l'Association Djahkooloo en 1999 (Production, Management et Label d'Artistes) - Fondateur du concept Culture Dub depuis 2000 (Dreadzine Culture Dub, Webzine Culturedub.com, Label Culture Dub Records...), Organisateur des fameuses Nuits du Dub depuis 2005 et animateur de l'émission Culture Dub sur Radio Pulsar depuis 2002 et sur Party Time depuis 2013 ... Membre du Culture Dub Sound !.....