Live Report – Télérama Dub Festival vol.15 – Docks de Paris (93)

Le samedi 25 novembre 2017 avait lieu la date parisienne du Télérama Dub Festival Vol.15 aux Docks, avec une programmation très diversifiée, mélangeant les légendes et les nouveaux artistes du Dub venus des 4 coins du monde. Un passage obligatoire pour l’équipe Culture Dub qui vous raconte sa soirée !

Télérama Dub Festival vol.15, Paris

 

Cette année encore, les concerts sont répartis en 3 lieux : deux grandes salles face à face, le High Tone Hall et le Stand High Hall magnifiquement décorée avec des animations projetées et le plafond étoilé, enfin un chapiteau plus convivial rebaptisé I-Skankers Area. Tandis qu’une partie de l’équipe Culture Dub se consacrait aux interviews des artistes, une autre partie accompagnée du photographe Kevin On The Roots a quadrillé la soirée des premières notes jusqu’au petit jour pour vous donner une idée des styles et des ambiance. Nous vous livrons ci-dessous nos impressions, salle par salle…

STAND HIGH HALL :

C’est Roots Atao qui ouvre la soirée dans le Stand High Hall. Il nous propose une sélection vinyle Reggae Roots histoire d’accueillir très rapidement les premiers arrivants et de se mettre dans l’ambiance en douceur.

Roll & Record poursuit dans l’univers Reggae avec cette fois-ci une sélection de productions Roots et Digital… Les basses du Stand High Sound System commencent à augmenter ! On a l’occasion de découvrir en exclusivité un son qui sortira début décembre avec Art-X au mélodica, présent pour l’occasion.

Iseo & Dodosound

Au tour des espagnols Iseo & Dodosound de prendre place dans le Stand High Hall en mode sound system. La très jolie voix, l’énergie et le charmant sourire d’Iseo, le Dub Digital moderne de Dodosound, le tout relevé avec les notes cuivrées des Mousehunters… Une tuerie ! Ils interprètent ‘Falling Asleep’ reprenant le riddim du morceau ‘Amplifier’ de Stand High Patrol qui a participé à les faire connaître, ainsi que ‘Digital Shoots’ issu de leur album « Roots In The Air » (lire la chronique) devant un public très nombreux et à fond. Petit bémol, on aurait bien apprécié les voir sous plus de lumière, pourquoi pas sur la vraie scène du High Tone Hall, pour bien mettre en avant la chanteuse et les musiciens… Leur set s’achève dans une explosion d’énergie positive, les sourires envahissants tous les visages alors qu’Iseo harangue la foule en délire avec passion, tout le monde sautant dans tous les sens sous les impulsions des 8 scoops du Stand High Sound System.

Le duo Smith & Mighty enchaîne avec 1h15 de Dub bien warrior à la limite de l’Électro, de la Jungle et de la Drum’n’Bass.

Puis c’est au tour des tant attendus Stand High Patrol d’assurer un set de 3h en passant leurs productions Reggae / Dub les plus cultes telles que ‘The Big Tree’ mais aussi les plus récentes, beaucoup plus Hip-Hop, avec le dernier album « The Shift » (lire la chronique) sorti cette année. Bien sûr, ils sont accompagnés de leur MC officiel et légendaire Pupajim que l’on aurait bien aimé entendre un peu plus, de leur trompettiste Merry, puis en special guests Marina P et Soom T ! L’air s’emplit de ces lignes de basses si caractéristiques du crew breton, alliant à la perfection la lourdeur du Dub et un groove old school totalement jouissif. De chaque côté de la salle, derrière les stacks, d’énormes écrans géants complètent cet univers unique en nous plongeant dans les visuels du groupe signés Kazy et animés par Diazzo, des dessins ésotériques et épurés, à la fois classes et expressifs, qui installent une atmosphère propice à la danse. La foule compacte s’agite en rythme dans une osmose parfaite et impressionnante, comme possédée par la musique.

La soirée se termine avec le britannique :Kenzo qui joue ses mixs de Bass Music, Jungle et Électro, le tout dans un style très underground, idéal pour clôturer cette 15ème édition du Télérama Dub Festival à Paris dans le Stand High Patrol Hall.

HIGH TONE HALL :

Brain Damage meets Harrison Stafford

Brain Damage meets Harrison Stafford

Le High Tone Hall n’est pas en mode sound system contrairement aux 2 autres lieux mais il s’agit d’une vraie scène avec avec sonorisation classique (mais puissante !) et lumières. Après un warm up, le duo visiblement attendu par le public Harrison Stafford & Brain Damage entre sur la scène avec un joli décor de spots lumineux. La communion entre un chanteur légendaire du Reggae et l’un des pionniers du Dub français s’est faite sur l’album album « Brain Damage meets Harrison Stafford » (lire la chronique) sorti le mois dernier et ça fonctionne parfaitement ! Harrison Stafford s’exprime avec subtilité tant par sa voix si particulière que par ses expressions et ses instruments qui communiquent son message à la perfection, entre douceur et vérité, partage et engagement, un artiste conscient qui fait pleinement vivre la musique qu’il crée : nous ne sommes plus de simples auditeurs, nous recevons un message musical fort qui s’incarne en nous à mesure que les chants s’enchaînent. Brain Damage, quant à lui, s’active derrière ses machines avec minutie et talent. Ses doigts courent d’une piste à l’autre, d’un effet à l’autre, tantôt tout en douceur et en caresse, tantôt comme habité d’une intensité si forte qu’elle en serait presque violence, tirant de l’ensemble des sons d’une qualité exceptionnelle, des teintes et des textures que l’on ressent pleinement de nos cinq sens, une atmosphère toute en cohérence et en audace qui emporte très loin. Entre ses mains, la table de mixage devient un instrument à part entière et son live donne au Dub toutes ses lettres de noblesse. Tous deux dansent et transmettent leur passion instantanément dans la grande salle où il devient difficile de circuler. On gardera en mémoire l’incroyable ‘Stand By Me’, un titre puissant aux basses lourdes et lancinantes sur lesquelles la voix nous exhorte avec rythme avant de se retirer pour laisser la place à une longue partie instrumentale complètement hallucinante. La salle est entièrement conquise et en redemande, presque restant sur sa fin quand finalement les dernières notes s’égrènent.

Le DJ Judaah fondateur de Brothers From Different Mothers prend le relai, installé devant la scène sur le côté (à peine visible) pendant le changement de plateau. Il passe pendant 1h15 des tunes purement Dancehall histoire de continuer à ambiancer le public avant le prochain groupe.

High Tone ft. Omar Perry

C’est maintenant au tour d’un groupe pionnier du Dub Français, qui fêtent leurs 20 ans et qui sont très très attendus ce soir : High Tone ! Ils étaient présents lors de la première édition du Télérama Dub Festival au Glazart à Paris en 2003 (Culture Dub était déjà là !) et cette 15ème édition est une très belle occasion pour les réinviter. La disposition est un peu différente qu’à l’habitude : une batterie, mais pas de basse ni de guitare, pas non plus de célèbre MS-10 analogique, à la place, chacun des membres dispose de son installation de machines et jouent en live toutes leurs parts réarrangées et survitaminées d’effets variés et transcendants. Dès les premières notes du quatuor, la salle est remplie et les festivaliers sont à fond sur leur Dub warrior, puissant et envoutant ! D’entrée de jeu, ils nous font une petite surprise avec l’arrivée de Pupajim qui interprète ‘Rub a Dub Anthem’. On aura l’occasion d’entendre plusieurs titres avec le talentueux Shanti D dont ‘Get High’ sur lequel le public est déchaîné. Les grands classiques du groupe se déploient avec majestuosité et puissance, dans une ambiance presque contemplative et toute en lourdeur, presque religieuse. Les fidèles se laissent emporter par ses lignes de basses sans concession et quand le kick de la batterie entre, c’est comme une euphorie qui s’empare de la foule et la fait vibrer sans discontinuité. Dernier inivité, Omar Perry prend à son tour le micro, en pleine forme et motivé, il continue à mettre une ambiance de folie notamment avec le morceau ‘Behold’. Une mention spéciale pour High Tone qui 20 ans après avoir ouverts des chemins complètement nouveaux dans le Dub continuent à inspirer et faire frémir de génie, d’intensité, d’audace et d’émotions dans un style qu’ils transcendent et dont ils redessinent toujours les lignes d’horizon.

Pendant le changement de plateau, c’est le duo Mahom qui jouera devant la scène dans le coin de la salle sur une estrade totalement bringuebalante… Mais rien ne les arrête et dès le début de leur show ils attaquent avec les mad tunes notamment issues de leur album « Fell In » (lire la chronique) sorti en début d’année. Leurs sons sont puissants et nous envahissent positivement, comme toujours ils sont complices, dansent, se lâchent et leur énergie est communicative ! Même si leurs compositions perdent en lourdeur par l’absence d’un Sound System, ils parviennent à retourner la salle et faire skanker les massives sans interruption, un vrai bonheur.

Et c’est parti pour un voyage de l’autre côté de l’océan pacifique avec Dub De Gaita correspondant à l’union de Los Gaiteros de San Jacinto, groupe légendaire de musique traditionnelle colombienne type cumbia (chant, flûtes, percussions), mixé en live par Diego Gomez. Le mélange est original et unique et semble séduire les fans mais aussi les curieux présents dans la salle ! C’est dansant, captivant, et ça donne une belle leçon sur les possibilités de mix générationnel et culturel…

Le dernier de la soirée à se produire dans le High Tone Hall est le duo tout droit venu de Bristol, Maasai Warrior. Après quelques problèmes de micro, le set peut enfin commencer et ils attaquent eux aussi avec de bonnes grosses basses. Le chanteur Paul a une énergie incroyable, il danse et met une ambiance de folie pour cette dernière heure ! Comme galvanisé par la musique, il court d’un côté à l’autre de la scène en se penchant vers la foule pour les tirer toujours plus dans la folie de la danse. Pour le coup, eux, on les aurait bien vu plus en mode sound system que sur le côté de la grande scène avec la sono de concerts classiques… Mais ils parviennent pourtant à relever le défi et la Last Tune déchaîne une dernière fois un public extatique qui mettra longtemps pour redescendre.

I-SKANKERS AREA :

Dans la I-Skankers Area le public est directement accueilli par une sélection vinyle de pur Dub avec de bonnes basses, jouée par les membres de I-Skankers sur leur propre sound system. Ils sont accompagnés de Yann Sax au saxophone qui jouera un super duo avec Steppin Pablo au mélodica, une harmonie complète ! Les notes du ténor s’égrènent et s’envolent sous les bâches, emportant avec elles nos esprits conquis par ce groove velouté et coloré, Yann Sax manie son instrument à la perfection et les méandres de ses mélodies jazzy forcent l’admiration et la contemplation des massives qui en redemandent !

C’est ensuite au tour de Von D de prendre le contrôle et la soirée attaque fort puisqu’il balance Dub , Dubstep, Électro voire Techno avec un univers bien à lui et surtout des sons vraiment propres. Le chapiteau est rempli à craquer et tout le monde est à fond !

Moa Anbessa

On continue avec les italiens de Moa Anbessa accompagnés de leurs 2 MCs. Le collectif propose une sélection de leurs propres sons Roots & Dub sortis sur leur label indépendant, les basses sont bien présentes et les sonorités parfois orientales nous font nous évader avec eux. La musique méditative et pleine de sens du crew conscient résonne en chacun de nous avec force, mention spéciale pour ‘Everliving’ qui retourne l’I-Skankers Area dès son introduction de cuivres si caractéristique. Moa Anbessa fait de sa musique une mission et on le ressent clairement dans l’attention et l’implication généreuse qu’ils mettent dans leur sélection, que des big tunes composées : de la véritable dentelle musicale sur des basses vrombissantes !

Place à la très attendue Soom T, une des rares artistes féminines présentes pour ce Télérama Dub Festival vol.15, backée par Dub-4. Le duo fonctionne toujours aussi bien depuis quelque temps maintenant et ils sont parfaitement calés. Soom T pose sa voix douce aux sonorités hindou et son flow impressionnant sur les tunes tantôt Dub, tantôt Hip-Hop. Elle est en pleine forme, souriante et énergique, et ses titre ‘Ganja Ganja’ ainsi que ‘Insane In The Brain’ (reprise de Cypress Hill) font leur effet, le public est déchaîné et chante en chœur les refrains ! Petite surprise avec son amie Marina P venue chanté avec elle, elles ont enflammé la I-Skankers Area. Le crew I-Skankers se chargera de clôturer la soirée sur leur sound system avec une sélection aux petits oignons et des MCs survoltés !

Pour ce 15ème anniversaire, le Télérama Dub Festival a proposé une programmation de folie aux Docks de Paris, avec de beaux mélanges de générations, de cultures et de styles ! La soirée a affiché complet avec plus de 5 000 personnes qui ont répondu présentes, bien réparties dans les 2 salles et le chapiteau. Quelques petites choses à améliorer ont été relevées par les festivaliers, et en particulier les temps d’attente que ce soit à l’entrée, aux bars ou encore aux toilettes, peut-être pas très proportionnel au nombre de personnes…

En revanche, un geste très appréciable, le festival a su faire preuve d’engagement et d’humanité au travers d’un partenariat avec Emmaüs qui a permis à des migrants de participer aux concerts. Une mention spéciale à EmmyLou Mai, photographe, qui avait une superbe exposition accrochée dans les backstage !

Bref, que de bonnes vibes, des artistes et des organisateurs passionnés, que vous pouvez encore partager sur les deux dernières dates de cette 15ème édition du Télérama Dub Festival, à Toulouse le 2 décembre et La Réunion le 16 décembre !

Plus de big big clichés de la soirée sur la page Facebook On The Roots (voir ici) !

Live Report : Ti Kaya & Guru Pope
Photos : Kevin / On The Roots