Reggae Sun Ska 2012 à Pauillac (33)

Le Reggae Sun Ska a fêté ses 15 ans en grande pompe, puisque pour la première fois le festival affichait complet avec plus de 80 000 entrées, soit 27 000 personnes par jour, un record! Culture Dub y était et vous raconte son weekend dans le Médoc.

Reggae Sun Ska 2012

Pour être honnête, ce fût difficile de faire un compte rendu de ce Reggae Sun Ska 2012. Je m’explique. Premièrement, nous n’avons pas pu assister à toutes les performances, comme tout le monde cela dit, sauf que pour nous, outre le choix cornélien entre les scènes principales (One Love et Natty Dread) et la scène « sound system » (Rebel Music), il fallait également jongler avec les nombreuses conférences de presse proposées en même temps que les concerts… Au final, plusieurs shows nous sont passés sous le nez (notamment General Levy et Johnny Clarke, avec grand regret), et dont nous ne nous permettrons pas de commenter. Deuxièmement, c’est une question d’intérêt journalistique qui nous contrarie. Déjà, pour les photos : il faut savoir que depuis quelques années, seuls les photographes professionnels sont admis dans « la fosse », autrement dit : entre le public et la scène, bref, l’endroit idéal pour de bons clichés. Pas de pros à Culture Dub, donc peu de clichés de live. Reste alors les conférences de presse, où nous pouvons approcher de plus près les artistes. Cependant, de plus en plus de journalistes font le déplacement à Pauillac pour assister au plus gros événement de Reggae en France, et c’est normal. Mais au final, pour quel retour? Les mêmes photos ou vidéo sans grand intérêt, et pire, les mêmes interviews! C’est pourquoi nous avons choisit à Culture Dub de vous proposer seulement quelques clichés pour illustrer ce report, pour le reste vous trouverez votre bonheur sur les sites de nos confrères. Voilà pour l’avant-propos, place maintenant à un report totalement subjectif, que certains pourront donc contester, faites le savoir dans les commentaires, c’est fait pour ça!

Jeudi 2 août :

Ce weekend de Reggae commence pour nous dès le Jeudi 2 aout au soir. Une belle entrée en la matière, avec la présence pour la première fois des bretons du Legal Shot Sound System pour ambiancer l’extérieur du festival, aux côtés des nombreux stands du Reggae Sun Ska. Ils seront d’ailleurs présents tout au long du festival, mais à des créneaux horaires difficiles, du midi jusqu’à l’ouverture du site, et surtout à un endroit qui finira envahit par les toiles de tente, pas franchement l’idéal pour une dance. Ce soir là, l’ambiance est bon enfant, et a même du mal à décoller jusqu’à 22h environ, heure à laquelle les bretons décident d’attaquer les dubplates. Ca commence très fort avec une big tune de Pupajim, « Mr Bossman », qui réveille les quelques personnes présentes. Même si ce n’est rien par rapport aux jours qui vont suivre, nous avons quand même été surpris du nombre de festivaliers présents dès le jeudi soir. Ca annonçait la couleur…  Suite à quelques problèmes avec nos accréditations (problèmes d’organisation qui nous aura bien causé du tord jusqu’au vendredi soir…), nous ne pouvons rester, et nous entendrons au loin les 2 puissants stacks de Legal Shot ronronner jusqu’à 1h du mat.

Vendredi 3 août :

Sena & Irie Ites

Après plusieurs heures d’attente en plein soleil pour récupérer notre précieux sésame, c’est-à-dire le bracelet VIP du Reggae Sun Ska, nous entrons sur le site aux alentours de 19h pour assister au second concert des grandes scènes, Dennis Alcapone et Winston Reedy, qui ont remplacé Linval Thompson dans la programmation, bloqué en Jamaïque pour des problèmes de Visa. Cette belle performance nous redonne le sourire, la complicité entre les deux chanteurs faisant plaisir à voir. Ils interprèteront beaucoup de classiques roots et rub-a-dub,  entre autres « Lion Of Judah », « Cherry Oh Baby » ou encore « Ba Ba Ri Ba Skank ».

Tandis que les performances des Mighty Diamonds et de Pablo Moses s’enchainent à grande vitesse sur les grandes scènes, nous nous dirigeons vers la troisième scène du festival, nettement plus petite et caché sous les arbres, celle dédiée aux « sound systems »… Malheureusement nous ratons de peu General Levy, puisque c’est désormais la chanteuse Sena qui se trouve aux côtés du Irie Ites Sound et de son sélecteur Jericho. Une belle voix pour cette « mama » d’origine hongroise qui nous surprend même à chanter du hip-hop, avant de faire monter l’ambiance sur le « Strange Things Riddim » cher à Irie Ites, avec ses 2 tunes  « Strange Days » et « Travelling So » sur lequel elle est rejoint par un autre chanteur du crew sarthois, le guyannais Ras McBean.

L’heure tourne et de retour sur la scène One Love, Tarrus Riley délivre comme à son habitude un show carré, backé par son super Black Soil Band et le génialissime Dean Fraser au saxophone. Tous ses tubes y passent, même si l’ambiance retombe un peu lorsqu’il interprète 2 titres de son dernier album « Mecoustic » qui ne nous avait franchement pas emballé par son côté pop sirupeux. Mais le final avec le terrible « Good Girl Gone Bad » fera alors oublier ce petit passage à vide.

Biga*Ranx

Chaque année, le Reggae Sun Ska propose quelques groupes hors Reggae, un choix toujours surprenant, mais qui trouve souvent son public. Ce vendredi c’est d’abord la jolie Ayo qui tente ce pari difficile, qu’elle réussira brillamment en interprétant notamment du Bob Marley au beau milieu de la foule, il fallait oser! Elle aura eu en tout cas nettement plus de chance que Le Peuple de l’Herbe, qui malgré tous leurs efforts, subiront de plein fouet plusieurs coupures de courant…

Nos allers-retours entre les scènes et l’espace VIP se multiplient, et nous assisterons donc à une courte partie du set de Biga*Ranx sur la scène Rebel Music. Beaucoup de monde assiste au show énergique du jeune phénomène de la scène reggae/dancehall qui interprète les titres de son premier album « On Time ».

Nous aurons toutefois l’occasion de voir Biga*Ranx de plus près lors de la prestation suivante, celle de son compère Kanka. Après un set plutôt classique du dubber de Rouen, le jeune Mc fait son retour pour le plus grand bonheur des festivaliers présents devant cette (trop) petite scène. Alors que l’on avait vu plutôt fatigué en coulisse après son show (un big up pour son accessibilité au passage), il revient en pleine forme faire quelques free-styles sur le dub stepper de Kanka. On l’a dit et on le répète, le dub de Kanka c’est bien, mais avec un chanteur c’est encore mieux! Et puis ne boudons pas notre plaisir, il s’agit quand même d’un des rares artistes dub de la programmation…

La fin de cette première soirée se fera sans nous. Entre Danakil que l’on a trop vu dans les festivals cet été, Mr Vegas trop long à attendre, et Stone Love qui joue tout les soirs, nous préférons rentrer nous coucher pour être en forme pour le samedi.

Rasta massive

Samedi 4 août :

Contrairement à l’an dernier, il fait encore beau ce samedi, et nous sommes fin prêt dès 17h à entamer cette deuxième et longue soirée. Il faut dire que c’est Chezidek qui est attendu du côté de la scène Rebel Music, que nous avions loupé en 2010, mauvais souvenir…  Cette fois-çi, pas question de le rater! Nous allons même l’attendre un moment, puisque c’est Irie Ites qui se charge du warm up. Les dubplates s’enchainent, du digital au nu-roots en passant par le dancehall. Nous retiendrons notamment une big tune de Little John, beaucoup de plates de Sizzla, et une dédicace à la Bretagne avec un dub du « Amplifier » de Pupajim! Au bout d’une heure, Chezidek fait enfin son entrée, et après un début de session un peu trop lover, les titres les plus attendu arrivent : « Bun Di Ganja », « Call Pon Dem », « Me Nah Run », etc. Et même si le nu roots n’est pas notre spécialité à Culture Dub, Chezidek est selon nous l’un des meilleurs artistes de cette nouvelle génération, l’un des rares à vraiment chanter, et juste qui plus est!

The Congos

Du côté de la scène One Love, pour ceux qui les auraient loupé en tournée ces dernières années, le plateau The Congos, Max Romeo et Lee « Scratch » Perry est reconstitué, symbole des années prolifiques du Black Ark Studio. Nous assisterons qu’à des bribes de ces 3 concerts, et d’assez loin. Il faut dire que le samedi a été le premier jour à afficher complet, sûrement l’effet Damian Marley, et que ca se ressent : nous éprouvons la pire difficulté à nous approcher de la scène. Reste alors l’écran géant, mais si éloigné, c’est le son qui fait alors défaut, pas assez puissant pour satisfaire les dizaines de milliers de personnes amassées devant la scène, dommage…

Retour sur la petite scène, nettement plus facile d’accès, pour assister à la fin de la prestation de Balik de Danakil (encore…) et Brahim en mode sound system, comprenez : backé par un sélecteur. S’en suit Papa Style et Baldas et leur reggae-raggamuffin bien festif qui fait alors joyeusement danser les spectateurs présents, nettement moins nombreux de ce côté du site. Et pourtant, la scène Rebel Music réserve bien des surprises… Ce soir, c’est Nâaman qui fait son retour sur scène en special guest, après sa prestation de la veille en ouverture du festival. Si vous ne le connaissez pas encore, sachez qu’il est l’une des révélations de la scène reggae française, un jeune talent très suivit sur le net, qui devrait faire parler de lui rapidement, c’est tout ce qu’on lui souhaite.

Papa Style & Baldas

Le concert suivant auquel nous assistons est celui de Natty Jean, prévu initialement en clôture de soirée. La rumeur enfle alors : Damian Marley sera t’il bien présent ? Devant un public quelque peu circonspect, le sénégalais ne se démonte pas pour autant, et livre une solide prestation, bien soutenue par le Humble Ark Band de Manjul. Jeune pousse du reggae africain, son show est à l’image de son premier album « Santa Yalla » : très prometteur.

Il est grand temps pour nous de retourner vers la scène Rebel Music, où l’un de nos sound favori a déjà bien entamé son set. On y retrouve donc Mungo’s Hi Fi, où seul Doug est présent, mais bien accompagné par l’excellente Soom T, bien connue de nos services si je puis dire…!  Les dubplates et les prods des Mungos se succèdent, avant que la petite Mc vienne « mash up » le riddim. Présent depuis la veille en tant que spectateur, Zeb, du duo écossais Zeb & Scotty, fait même son apparition pour interpréter le terrible titre « Warm Up ». Soom reprend vite le micro, pour terminer le boulot comme il se doit.

Le concert tant attendu va ensuite avoir lieu sur la scène Natty Dread. Face à une foule impressionnante et étouffante, nous préférons aller voir cette performance du côté de l’espace VIP, où sont retransmis tous les concerts sur un grand écran. C’est donc confortablement assis dans un fauteuil que nous assisterons au début du show, non pas de Junior Gong, mais de 2 chanteurs (dont Christopher Ellis, le fils d’Alton Ellis) qui ont la lourde tâche de faire patienter les festivaliers. De loin, nous entendons la foule s’impatienter. Après cette longue introduction, Damian Marley fait ensuite son entrée, et c’est une surprise, sur le titre « Make It Bun Dem », récemment enregistré avec la star du dubstep Skrillex. Puis, c’est une pluie de hits qui s’abat sur Pauillac :  « It Was Written », « Road To Zion », « Shoot Out », entrecoupé des traditionnelles reprises « Get Up Stand Up » et « Exodus ». Mais contrairement à ses frères, et c’est ce qu’on aime chez Damian, il ne se contente pas de reprendre à l’identique les titres de son illustre père, il y ajoute sa propre patte, résolument plus dancehall. Pour autant, la performance du Junior Gong s’essouffle assez vite, la voix est fatiguée et il ne chante plus la totalité des chansons… Il reviendra sur scène pour un rappel avec le tant attendu « Welcome To Jamrock », et la quittera définitivement sur « Could You Be Loved », sans même chanter son propre couplet… Au total, 50 minutes de show tout de même, mais qui ne nous auront pas totalement convaincu.

Reggae Sun Ska 2012

Dimanche 5 août :

Hollie Cook

On n’osait l’imaginer, et pourtant c’est sous la pluie que reprennent les festivités en ce dimanche après-midi. Ce ne sera heureusement que de courte durée, Hollie Cook s’en amusant même, affirmant fièrement que c’est elle qui a fait revenir le soleil. Sur la scène Natty Dread en tout cas, c’est bien elle notre rayon de soleil! Si les festivaliers ne sont pas encore très présents, nous en profitons pour nous délecter de la charmeuse Hollie et de son reggae tropical-pop. Après plusieurs minutes, nous nous rendons compte que son fidèle compagnon Horseman que l’on entend depuis le début est bien là, c’est lui qui est à la batterie, et donc qui toaste en même temps, vraiment impressionnant! On remarque aussi que Jahmal, le grand bassiste des Ras Ites est également de la partie. On retrouvera tout ce beau monde par la suite sur l’autre scène.

Mais avant ça, c’est Soul Stereo qui est aux commandes, pour accompagner quelques légendes du grand Studio One. Et très vite, c’est la déception… Non pas que la performance ne soit pas bonne, bien au contraire, il s’agit peut-être d’une des meilleures du weekend, non, ce qui nous afflige et nous désole c’est de voir le peu de public présent devant la scène Rebel Music. Je ne pense pas qu’il faille se cacher derrière l’excuse de l’heure, même si il est vrai que le créneau n’était franchement pas approprié pour un tel plateau. L’an passé, nous avions eu le même sentiment pour la performance de Big Youth et Mad Professor, cette année, c’est une confirmation : le public du Reggae Sun Ska(du moins une grande partie) n’est pas connaisseur en matière de reggae.

Studio One Revue & Soul Stereo

C’est bien triste, mais mettons ce problème de côté et réjouissons-nous du défilé de chanteurs qui défilent sous nos yeux et (presque) rien que pour nous : Alpheus, Carlton Livingston, Lone Ranger et Jim Brown aka Jim Nastics. Sur des riddims classiques de l’époque Studio One, « Real Rock » et « Rock Fort Rock » en tête, les artistes se font plaisir, Carlton Livingston et le dernier artiste produit par Coxsonne, Alpheus assurent les refrains et les backs, tandis que les deejays Lone Ranger et Jim Brown assurent le show. Le lien qui les unit est fort, et fait plaisir à voir. Big up à Soul Stereo pour ce beau moment!

Tandis que nous reprenons des forces à l’espace VIP, les concerts sur les grandes scènes se poursuivent, Johnny Clarke, Horace Andy et Sebastian Sturm, avant d’accueillir le singjay Anthony B qui ravira nos collègues de RastaPuls et une grande partie du public. Personnellement, si certaines chansons font plaisir à entendre (« Police », « World A Reggae Music » ou encore « Water Pumpee »), la manie qu’ont la plupart des jamaïcains de la génération nu-roots à crier plutôt qu’à chanter m’exaspère un peu… Curieux de voir la prestation de Jah Mason et Fantan Mojah pour confirmer mes dires, nous ne pourrons que constater leur absence sur la scène Rebel Music, sans avoir plus d’explications sur la raison de cette annulation…

C’est ensuite le tour du légendaire Jimmy Cliff de faire son apparition sur la scène Natty Dread. Etrangeté de la programmation, ce n’est pas lui qui clôturera le festival ce dimanche mais Alborosie. Une figure du reggae en ce jour de célébration du 50ème anniversaire de l’indépendance de la Jamaïque aurait paru plus logique… Quoiqu’il en soit, la prestation de Jimmy Cliff est plutôt bonne, l’auteur des tubes « Many Rivers To Cross » ou « The Harder They Come » est en grande forme. Nous passerons donc sur les horripilants « Reggae Night » et « Hakuna Matata » pour ne retenir que le meilleur de ce grand monsieur, célébré comme il se doit par le public, et dont le show se terminera en apothéose par un feu d’artifice.

Alborosie

Alborosie sera donc le dernier artiste de ce crû 2012, et même si il peut en irriter certains, le choix des programmateurs se révélera payant, tant le public du Reggae Sun Ska semble apprécier le chanteur italien. Introduit par sa nouvelle protégée, la jamaïquaine Ikaya, Puppa Albo enchainera toutes ces big tunes, de « Herbalist » et « Kingston Town » aux plus récents « International Drama » (durant lequel il entonnera même quelques notes lyriques, et justes! respect!) ou « No Cocaine ». Un show bien ficelé que nous ne verrons pas jusqu’au bout, car nous apprenons à ce moment-là qu’une bonne surprise se prépare sur la scène Rebel Music…

Devant quelques centaines de personnes, le sound jamaïquain Stone Love distille dubplates et classiques comme ils l’ont fait tous les soirs depuis le début du festival. Sauf que pour cette dernière, un artiste fait son apparition sur scène et pas n’importe lequel, puisqu’il s’agit de Damian Marley! Après l’avoir vu sur grand écran la veille, nous l’avons là, sous les yeux, à quelques mètres de nous. Durant un bon quart d’heure, Stone Love balance ses dubplates de Junior Gong (dommage qu’il n’avait pas seulement les riddims), qu’il réinterprète devant une petite foule qui a du mal à réaliser ce qui est en train de se passer… Alborosie fera également une courte apparition après son show, juste l’espace de quelques minutes, comme pour profiter lui aussi de cette étrange ambiance. Les quelques chanceux présents pour ces derniers instants peuvent alors regagner leur tente tranquillement avec un large sourire sur le visage, conscients d’avoir assister à un moment unique…  Quant à nous, ce moment privilégié se prolongera dans l’espace VIP jusqu’au bout de la nuit, où Stone Love se charge de l’after-show, avec un Damian Marley toujours dans les parages…

Damian Marley

Après plusieurs jours de recul, tirer un bilan de cette 15ème édition est toujours autant compliqué. Si les organisateurs ont de quoi se satisfaire de cette belle programmation et du record d’affluence, il ne faut pas oublier les difficultés qu’ont éprouvés beaucoup de festivaliers sur le camping. Des problèmes d’organisation récurrents, entaché cette année par la mort d’un jeune festivalier, probablement d’une overdose…  Alors certes, on ne peut que se réjouir de voir le mouvement Reggae en France rassembler de plus en plus de monde, mais à vouloir à tout prix en attirer plus, on se risque forcément à ce genre de problème…

Quoi qu’il en soit, respect à Music Action pour tout le travail accompli pendant ces 15 années, et bonne continuation au Reggae Sun Ska !

Photos : LNA
Live report : Loob